Les 28/29 août 2004

 

 

                                                                                                                    

 

 

Bonjour à tous,

 

 

Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, ou qui ne m’ont pas encore reconnu, je m’appelle Henri MARLY.

 

Je suis né en 1850 à Bordeaux.

 

Je voudrais remercier très chaleureusement mon arrière petit fils Stéphane MARLY ainsi que sa sœur Florence pour leur invitation à la très sympathique réunion de famille des 28 et 29 août 2004. Cette invitation concernant la descendance de Pierre ANTIN et de Anne VENOT, mes beaux parents.  

 

C’est vrai que j’avais vraiment envie de venir à cette réunion ; mais venir de si loin et surtout de si haut ; Comment faire ?

 

Et si je suis là aujourd’hui, c’est bien grâce à  l’intervention des nombreux hommes et femmes d’église issus de notre descendance , ici présents aujourd’hui ou en communauté avec nous que j’ai pu obtenir un bon de sortie de la part du Bon Dieu.

 

Et je voudrais les nommer ; il s’agit de Michel LAFON, Pierre LAFON, Bernard FEILLET, Xavier GIRARDEAU, Bruno FEILLET, Jeannine LAFON, Monique MARLY, Anne LAFON.

 

C’est donc un grand merci que je leur adresse.

 

Cependant, c’est avec un petit pincement au cœur que j’ai du me résoudre à quitter momentanément ma très chère Bien-aimée Noémie.  

 

Mais comme je lui ai promis de tout lui raconter de cette réunion, je voudrais vous faire part de la lettre que je lui poste aujourd’hui.


Ma Bien Aimée Noémie,

 

Comme tu le sais ma douce Noémie, je suis loin de toi aujourd’hui et demain car je me suis rendu à la réunion de notre famille dont je t’avais parlé, mais ne t’inquiète pas ma chérie, car tu sais que tu es toujours dans mon cœur . 

 

L’invitation était Aux Bains de Mer du Canon sur le bassin d’Arcachon, et pour y aller depuis Bordeaux où nous habitions toi et moi au 7 rue de la Tour de Gassies, j’ai du prendre comme d’habitude mon vélocipède.

 

J’ai pris mon tout dernier modèle de vélocipède, le dernier cri en matière de technologie, ultra léger, un vélocipède commandé en Angleterre et fabriqué aux Ateliers Michaut. Tu te rends compte !  il en existe très peu en France. Un vélocipède extraordinaire.

 

Me voici donc parti depuis la Tour de Gassies, et avant de prendre la route, je voulais voir la Miroiterie où je travaillais avec papa .

 

J’avoue avoir été déçu de ne plus retrouver la Miroiterie, surtout celle ci avait été remplacée par une boutique de livres avec un nom vraiment sauvage : la Bouquinerie des Bahutiers : quelle décadence !

 

Cependant ce qui m’a fait plaisir, c’est de voir l’immeuble dans le même état qu’autrefois, et après m’être renseigné auprès des voisins , ils m’ont appris que l’immeuble était classé monument historique : secteur sauvegardé du patrimoine.

Tu te rends compte Noémie, on a vécu dans un immeuble classé.

Peut être  vont ils nous classer nous aussi ?

 

J’ai été vraiment déçu de ne pas trouver ma statue, ou une rue Henri MARLY

 

Quel ingrat cet Adrien BAYSSELLANCE, après tout ce que j’ai fait pour lui à Bordeaux.                                                                                                               Il a bien sa rue, lui ! et moi, rien.

Il a peut être oublié que c’est moi qui est fait Bordeaux

Il me doit tout. Avec tous les titres que j’avais et toutes les actions ou initiatives que j’ai menées à Bordeaux. J’avais quand même voté pour lui à l’élection de la Mairie de Bordeaux en 1888. 

J’étais quand même pas n’importe qui ! Conseiller d’arrondissement, Vice-président du Conseil d’arrondissement, Membre du Bureau républicain de Bordeaux, Membre du Bureau d’Economie politique, Président du Quartier Saint Pierre.

Et tout le reste ; je m’occupais d’associations sportives automobiles,

De clubs de vélocipèdes, de tennis, de voile, etc etc

Enfin, bref, je méritais l’Académie Française.

 

 

C’est vrai que j’étais aussi un bon vivant,

 

Ah le Chapon Fin !Les Revues Tichadel ! l’Alcazar à la Bastide ! Le Grand Théâtre !

 

C’est vrai, ma chère Noémie que je t’ai souvent laissée seule, mais tu avais toi aussi de nombreuses occupations, littéraires, artistiques ,etc etc..

 

 

En tant qu’ancien Conseiller d’arrondissement et Président du quartier Saint Pierre, j’ai eu envie d’aller faire un petit tour dans le quartier, et ma foi, je peux dire que le vieux Bordeaux n’a pas trop changé. On est même en train de le protéger.

                                                                                                                        

On m‘avait parlé d’un tramway révolutionnaire à Bordeaux ; quelle rigolade !

 

Tu te souviens Noémie, lorsqu’on allait chez tes parents, 51 rue Leberthon ? on prenait le tramway, et ça marchait, eh bien maintenant, il est toujours en panne.

 

Quels progrès ?

 

Enfin, avant de prendre la route définitivement vers les Bains de Mer du Canon, j’ai voulu aller de l’autre côté du Pont Napoléon, Place Stalingrad, car je voulais me rappeler un souvenir.

 

A l’époque, c’était un grand honneur pour moi.

En tant que Président d’associations sportives, j’avais donné le départ du 1° Bordeaux Paris en vélocipède. C’était en 1891.                                                

       

Je n’ai rien reconnu, et de plus, ma pauvre Noémie, ils ont enlevé les 2 guérites qui étaient à l’entrée du Pont : un vrai massacre.

 

Enfin, me voilà maintenant vraiment parti sur la route des Bains de Mer.

 

J’ai avalé les 60 kms en 4 heures et des poussières, un record. Il faut dire que les routes étaient vraiment extraordinaires, beaucoup plus confortables, et surtout ça ne sentait pas le crottin de cheval. J’ai remarqué que le sol était une sorte de ciment noir très propre, et j’ai pu faire une pointe à 13 kms à l’heure.

 

 

A certains croisements, il y avait des lumières rouge, des lumières verte et orange qui s’allumaient, qui s’éteignaient, tu peux pas savoir Noémie comme c’était rigolo, et ma foi, assez joli ; je pense que c’est pour la décoration, et en plus ,je me suis aperçu que lorsque je passais au rouge, les automobiles klaxonnaient très fort, sans doute pour m’encourager à aller plus vite.

 

Une fois de plus avec ces vélocipèdes ultra fragile, j’ai eu un petit problème

technique, et pour réparer, impossible de trouver un maréchal-ferrant, à croire que ça n’existe plus.

 

Pour réparer, on m’a proposé un morceau de caoutchouc, on m’a dit que ça s’appelait une chambre à air. ils se foutent du monde.

 

Ah ! les temps ont bien changé.

 

Enfin, bref, ma Chère Noémie, me voici arrivé à la Réunion de famille.

 

Alors, là ! J’en ai des choses à te raconter.

 

La villa est superbe, et une façade sur l’eau magnifique et ce qui m’a frappé en premier lieu lorsque j’ai regardé en direction du bassin, c’est que je n’ai rien reconnu.

J’y ai vu des bateaux très bizarres avec des sortes de flotteurs, ils appellent ça un trimaran, vraiment, je trouve qu’il n’y avait rien de marrant.

Tout à coup, j’ai vu un monsieur debout sur un bout de bois avec une voile qui avançait sur l’eau , c’était étonnant et un peu grotesque. Ils sont fous tous ces gens.

Ma douce Noémie, je te raconte le bouquet. J’ai vu une sorte d’engin à moteur avec le marin monté à cheval sur une sorte de barrique ou tonneau qui sautait les vagues , ç’était monstrueux et très laid. Il  paraît qu’ils appellent cet engin, un Jet Ski ou scooter des mers. Quel changement avec les magnifiques 8 mètres de notre époque.

Par contre, ce qui m’a fait plaisir c’est de revoir les pinasses à rames et les pinasses à voiles .

Cela m’a rappelé tous les souvenirs de promenade avec toi.

 

Maintenant, je voudrais te parler de tous mes petits enfants, arrière et arrière petits enfants, ainsi que de mes petits cousins , arrière et arrière petits cousins.

 

Comme tu dois te douter, j’étais le doyen et je n’ai reconnu personne de ma propre famille, si ce n’est quelques ressemblances par ci par là, mais rien de bien significatif.

 

On m’a présenté une petite jeune de 91 ans qui paraît il est la plus âgée de toute la descendance : elle s’appelle Violette MARLY, elle aurait épousé un homme brillant, Gustave CARDE. J’aurais presque pu la connaître. En réalité , elle est née 10 ans après que j’ai eu quitté cette bonne vieille terre.

  

Je voulais aussi faire la connaissance du petit dernier de toutes les générations.

Il s’appelle Vianney FEILLET. Il est né le 23 juin 2004.

 

Mon adorée Noémie, je ne voudrais pas te lasser d’être aussi long, et je continue à te raconter.

 

En arrivant, j’ai pris mon badge comme tout le monde, et c’était vraiment pratique. On m’a montré un grand arbre généalogique ou j’ai vu ta photo.

Comme tu étais belle ma Noémie, tes cheveux bruns foncés, tes yeux noirs.

 

Tout en haut de l’arbre généalogique, il y avait tes parents Pierre ANTIN et Anne VENOT,et en dessous j’ai vu la photo de tous tes frères et sœurs : Marguerite, Edmond, Gabriel, Paul, et toi même.

 

J’ai appris que le compte exact de la descendance de tes parents est exactement aujourd’hui de 572 personnes et en plus 235 valeurs ajoutées.

 

Tout ce travail paraît il, a été fait par Stéphane MARLY, un garçon formidable, fortement assisté pour la recherche généalogique par son cousin Alain GIRARDEAU, un garçon tout aussi formidable.

 

J’ai trouvé que dans la famille , on avait des ressources.

 

Mais le plus extraordinaire, et ce qui m’a le plus surpris, c’est lorsque j’ai vu une machine bizarre. Une sorte de boîte rectangulaire avec un verre lumineux sur le devant, et ce verre montrait des images et même des films, et en plus la boîte parlait. Comment c’est possible ?

 

A un moment donné, Stéphane a appuyé sur un bouton et j’ai vu des images de tes parents, de toi, de moi, de tes frères et sœurs. C’était stupéfiant. 

J’ai vu aussi les images de tous nos enfants, petits enfants, arrière petits enfants.

 

Alors là ! il faut que tu vois ça. J’ai demandé à Stéphane de t’envoyer une invitation pour la prochaine fois.

  

Et ce n’est pas fini, j’ai fait la connaissance de toute la descendance. On est représenté dans tous les domaines.

Beaucoup d’hommes et de femmes d’église.

Toutes les professions sont représentées : des avocats, des ingénieurs, des architectes, des chercheurs, des banquiers, des médecins, des infirmières, des traductrices, des experts fonciers, des administrateurs, des agents de recouvrement, des directeurs de sociétés, des cadres commerciaux, une bibliothécaire, un inspecteur des finances,( ça peut servir) un pilote, un pilote d’hélicoptère, une hôtesse de l’air. une sage femme, une assistante sociale, une institutrice, un musicien, un antiquaire, un psychologue, un graphologue, un acupuncteur, un écrivain, un généalogiste réputé, un tailleur de pierre, un ingénieur informaticien non moins réputé, et enfin un indispensable gardien de la paix.   

Mais par contre : plus de miroitier dans la famille MARLY, ni dans la famille TAVEAU.

 

Ma chère Noémie, je continue à te raconter ; la journée de samedi s’est fort bien déroulée ; Ils sont tous vraiment sympathiques, mais je suis allé de surprise en surprise .

Alors là Noémie, il faut que tu me crois, j’ai vu des personnes qui tenaient entre leurs mains une petite boîte dans laquelle ils parlaient ; j’ai appris qu’ils pouvaient téléphoner à des kms de distance. Impressionnant ! ils appellent cette chose un téléphone portable.

 

J’ai eu aussi l’occasion de discuter avec beaucoup de jolies femmes charmantes et très organisées en ce qui concerne la naissance de leurs enfants.

Elles m’ont étonné.

Elles fabriquent des enfants quand elles veulent ; à la date qui leur convient, et en plus elles connaissent avant la naissance le sexe de leur enfant.

Je n’y ai pas cru évidemment, mais elles m’ont expliqué qu’elles consommaient des pastilles à certains moments. Bizarre ! je n’ai pas encore compris comment ça marchait.

 

J’ai pu aussi aller faire un tour sur la plage pour profiter du soleil, et il faisait vraiment un soleil de plomb. Il y avait donc forcément beaucoup de monde à se bronzer au soleil.

 

J’ai remarqué que les femmes ou demoiselles n’étaient plus du tout habillées comme à notre époque, et leur maillot de bains était très approximatif .

                                                                                                                            

Pour la plupart le morceau de tissu qui couvrait leur jolie peau était fabriqué    en 2 morceaux : un pour le bas, un pour le haut. Pour d’autres il s’agissait      d’un seul morceau de tissu uniquement pour le bas.

                                                                                                                         

Ma pauvre Noémie, j’ai honte de te le dire, mais je n’ai pas baissé les yeux, quand j’ai vu une jeune et jolie femme sans maillot de bains du tout.          C’était dégoûtant.

 

Quelle époque !

 

J’ai pu discuter avec beaucoup de mes descendants, certains venaient de très loin, de Paris, de Montréal, des Etats unis, de Vienne, de toute la France.

J’ai calculé que pour venir de Montréal il fallait au moins 8 jours de bateau,  pareil depuis les Etats unis.

Ils ont mis 6 heures et tu sais comment ils sont venus ? en avion. Les fous.

 

J’ai pu discuter aussi avec beaucoup de médecins car j’avais remarqué que beaucoup de mes descendants vivaient très âgés ; et certains de mes descendants avaient plus de 80 ans.

Alors maintenant, tu sais ce qu’ils font les médecins ?

Quand on a  le cœur malade , on change le cœur.

On change aussi certaines pièces, on peut changer l’aorte, on peut faire des greffes d’organe, on peut tout réparer. Pour les sourds, on leur met des appareils dans l’oreille. Pas étonnant qu’ils vivent aussi vieux.

 

Quelle époque ma chère Noémie !

 

 

J’en ai appris des choses. Et une chose  particulièrement incroyable ; maintenant les femmes ont le droit de voter.

Encore plus incroyable .

Les congés payés.

Tu te rends compte Noémie ; on paie des vacances aux salariés. C’est fou !

 

Autre chose étonnante , ce jour là c’était le dernier jour des jeux olympiques à Athènes . J’ai vu tous les résultats sur leurs petites vitres en couleur.

 

Cà m’a rappelé Athènes en 1896, lorsque Pierre de Coubertin avait organisé les 1° jeux olympiques.

 

Les résultats sont étonnants : en 1896,on courrait le 100 mètres en 12 secondes

et maintenant en 2004,année olympique, on le courre en moins de 10 secondes.                             20 mètres d’écart à l’arrivée.

 

On n’arrête pas le progrès comme ils disent.

                                                                                                                          

 

Ma chère Noémie , je vais te quitter, et quand tu recevras ma lettre, je serais sur le chemin du retour. J’ai beaucoup regretté que tu n’aies pu venir voir tout ce que j’ai vu. C’était vraiment étonnant.

 

Je pense à toi, et je t’embrasse très fort.

                                                                        ton  Riri

 

 

Voilà,

 

Mes chers descendants, je vais moi aussi vous quitter ; j’ai passé avec vous d’excellents moments, mais puisque je suis revenu sur cette bonne vieille terre, je vais en profiter pour aller faire un petit détour du côté de Nice ou j’avais gardé d’excellents souvenirs.

 

Je ne vous oublie pas.

 

A bientôt